Vous vous en souvenez, lorsque nous étions jeunes (je parle pour les moins de quarante ans …), c’était ainsi que l’on se souhaitait la Bonne Année. Une formule qui sentait bon la foi populaire, bien enracinée dans l’espérance chrétienne. Pourquoi donc, ces dernières décennies, le « paradis à la fin de vos jours » a-t-il disparu de nos vœux ? Je n’en sais rien. Mais c’est avec grand plaisir que je vous adresse à nouveau ce beau souhait !

Car que souhaiter de meilleur à un proche, à un ami, (et même à son ennemi …), que le paradis ?

« Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, ni un jardin enchanté. Le paradis est le baiser de Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort en croix pour nous. A l’heure de la mort […] Jésus est là, à nos côtés. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. » (Pape François, Audience Générale du 25 octobre 2017).

Mais, comme l’écrivait un autre pape, Benoit XVI, « voulons-nous vraiment cela – vivre éternellement ? Peut-être aujourd’hui de nombreuses personnes refusent-elles la foi simplement parce que la vie éternelle ne leur semble pas quelque chose de désirable ». Après tout, c’est peut-être pour cela que nous hésitons à souhaiter le paradis à nos amis, le jour du 1er de l’an : parce que le paradis ne nous semble pas vraiment désirable…

Pourtant, le paradis, chers amis, c’est en fait ce que nous désirons tous, et de tout notre cœur, sans forcément le nommer ainsi.

Lorsque nous regardons au fond de notre cœur, il y a comme une nostalgie d’un bonheur familial sans ombre et sans faille, d’une maison paternelle (Jn 14,2) où les frères et sœurs vivent dans l’affection mutuelle, autour d’un repas de fête, comme celui d’une noce (Mt 22,2), « jeunes et vieux se réjouissant ensemble » (Jr 31), dans l’amour infini de Dieu ; la nostalgie d’un village où les voisins sont heureux d’habiter les uns près des autres, de s’épauler, loin de l’indifférence actuelle, « tous ensemble ne faisant qu’un » (Ps 121), dans l’amour infini de Dieu ; la nostalgie d’un pays où il fait bon vivre, où l’élite ne méprise pas le peuple, où les finances ne priment pas sur le bien commun, où l’on ne lève plus l’épée contre une autre nation (Is 2,4), « un pays ruisselant de lait et de miel » (Dt 27,3), dans l’amour infini de Dieu ; la nostalgie d’une création où il n’y ait plus de cyclones ravageurs ou de réchauffement climatique, mais où toutes les créatures vivent en bonne harmonie les unes avec les autres, où le loup habite avec l’agneau, et le léopard se couche près du chevreau (Is 11, 6), dans l’amour infini de Dieu. Le paradis, c’est la maison des enfants de Dieu, la ville éternelle, la patrie du ciel, la création transfigurée où Dieu veut nous conduire, et qu’il inscrit comme un désir inachevé au fond de notre cœur.

Le paradis, ce n’est pas un mot abstrait, pour évoquer une réalité désincarnée, et osons le dire, quelque peu ennuyeuse ! Le paradis, c’est très concret ! Dans son livre, Réussir sa mort, le philosophe Fabrice Hadjaj se pose cette question qui peut paraître enfantine – car souvent les enfants nous la posent – mais il le fait très sérieusement : Y-a-t-il des chiens au paradis ? « Des chiens et des chevaux au paradis, répond-il, cela ne me paraît pas si douteux. Pourquoi pas aussi des pâquerettes, des ruisseaux, des libellules, cette petite violette sauvage, au bord du sentier. Et cela ne vaut pas que pour les fleurs et les animaux, cela vaut aussi pour les objets du quotidien. Si les objets ainsi veulent exister par-delà leur usure, que dire des hommes? Que dire de ces instants passés ensemble ? Le sourire de ma grand-mère ; ce visage de ma fille dans l’encadrement matinal de la fenêtre. Tout ceci ne veut pas finir. Tout ceci demande à durer. Et les derniers articles du Credo répondent aux plus secrets désirs de mon cœur : je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».

Toutes les joies de cette terre sont des petits moments de paradis que Dieu nous invite à savourer à leur juste valeur, une valeur d’éternité ! Ici-bas, nous sommes des apprentis en vie éternelle. Nous apprenons à nous familiariser avec le bonheur du paradis, un bonheur qui passe par tous les petits ou grands bonheurs humains – et même par les souffrances humaines – reçus comme des grâces de Dieu.

Amis paroissiens, c’est ce que je vous souhaite pour cette année 2018 : goûter chaque petit bonheur de votre vie quotidienne, chaque instant offert à la grâce de Dieu, comme un avant-goût du paradis.

Père Patrice

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