Le cloître du ‘Notre Père’, sur le Monts des oliviers à Jérusalem (photo DR)

Vous le savez sans doute, la prière du Notre Père, tout au moins le début du Notre Père, trouve ses racines dans une prière juive, la prière du Kaddish déjà connue oralement au temps de Jésus. Je vous en cite une partie : « Que son grand nom soit sanctifié. Qu’il établisse son règne, dans le monde qu’il créa selon sa volonté ». Vous reconnaissez les trois grandes demandes de la 1ère partie du Notre Père. D’ailleurs, on pourrait relire le Notre Père comme un condensé de l’expérience fondatrice d’Israël, l’expérience de ses 40 ans d’Exode dans le désert, quand Dieu l’a formé.

Ainsi, quand Jésus dit : « donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour », bien sûr, immédiatement nous pensons à la manne que Dieu donnait chaque jour à son peuple dans le désert. Avec cette consigne : ne faites pas de réserve pour le lendemain ; Dieu pourvoira demain ; faîtes confiance. Lorsque nous demandons à Dieu le pain de chaque jour, c’est comme si nous lui demandions la grâce qu’il nous faut pour aujourd’hui. Vous connaissez ce cantique de Sainte Thérèse de Lisieux : « Rien que pour aujourd’hui ». Aujourd’hui, Seigneur, je sais que ta grâce va me suffire. Dans ta main, je ne m’inquiète pas pour demain, demain est un autre jour.

Continuons la lecture du Notre Père. Quand Jésus dit : « Pardonne-nous nos péchés », si l’on écoute cette phrase comme faisant écho à l’expérience d’Israël au désert, alors le péché auquel on pense, c’est celui du Veau d’Or, lorsque les Hébreux ont remplacé le Dieu vivant par un substitut de Dieu, par une idole. Le péché que nous demandons à Dieu de nous pardonner dans le Notre Père, c’est le péché d’idolâtrie. A chaque fois que nous voulons nous passer de Dieu, nous sommes obligés de le remplacer par des faux-dieux : le faux-dieu des biens matériels à consommer, le faux-dieu de notre petit moi, le faux-dieu de la réputation etc …

Enfin, quand Jésus dit : « Ne nous soumets pas à la tentation », il nous renvoie à l’épisode qui s’est passé au lieu-dit « Massa et Mériba » (en Hébreu « Tentation et Défi » – Exode 17,1-7), où les Israélites ont tenté Dieu, ont mis Dieu au défi en lui faisant des reproches et en lui disant : « tu nous a amenés dans ce désert, et maintenant on crève de soif ! Est-ce que c’était pour nous faire mourir ? ». Interrogation que pourraient reprendre un certain nombre de personnes dans l’épreuve : « Mais pourquoi nous as-tu donné la vie, si c’est pour connaitre cette galère ? Es-tu vraiment un Dieu-Père qui prend soin de ses enfants ? » Vous voyez, la tentation qu’ont vécue les Hébreux, c’est une tentation radicale, c’est la tentation de douter de l’amour de Dieu, de douter que Dieu est vraiment Père, un Père aimant et attentif, et donc de douter que nous sommes ses fils et ses filles.

La tentation que nous demandons à Dieu d’écarter de nous, lorsque nous disons le Notre Père, elle porte sur l’identité de Dieu comme Père, et sur sa réelle volonté de bonheur pour nous. C’est de cette tentation là que nous demandons à Dieu de nous préserver.

On sait que la traduction que nous utilisons depuis quelques années n’est pas très bonne. En disant au Père : « ne nous soumets pas à la tentation », on insinue que Dieu, volontairement, pourrait nous pousser dans la tentation du doute pour nous éprouver. Or St Jacques nous rappelle fermement que penser ainsi, ce n’est pas chrétien : « Que nul, quand il est tenté, ne dise : ma tentation vient de Dieu. Car Dieu ne peut être tenté de faire le ma l et ne tente personne » (Jc 1,13-14). Dieu peut nous faire passer à travers des épreuves, mais c’est Satan qui nous tente, pas Dieu. Voilà pourquoi, sous l’égide des évêques de France, une nouvelle traduction de cette phrase a été élaborée. A partir du 1er dimanche d’Avent (le 3 décembre), au lieu de dire « Ne nous soumets pas à la tentation », tous les chrétiens de France diront dorénavant : « ne nous laisse pas entrer en tentation ». C’est-à-dire, ne nous laisse pas entrer dans Massa et Mériba, le lieu du doute envers ton amour paternel, le lieu où la confiance envers toi commence à se lézarder. Ce n’est pas toi qui nous y pousse, dans ce lieu, c’est nous qui y entrons librement. Alors, nous t’en prions, Père, pré- serve-nous de faire un mauvais usage de notre liberté ; lorsque tu verras que nous nous approchons dangereusement du lieu de la tentation, nous te le demandons : par la main de ton Fils, par la force de ton Esprit, par l’intercession de la Vierge Marie et des saints, par la protection des anges et le soutien de nos frères et soeurs, retiens-nous d’y entrer. Amen.

P. Patrice

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